Accueil > Articles > Liste des articles > Cinéma érotique
Durée de lecture : 2 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:44 | 5673 lectures
La féline Musidora (1884-1957) dans son collant noir d'Irma Vep de Vampires de Louis Feuillade créa la première silhouette sexy à l'écran. Inspirant dans la chronologie de l'histoire du cinéma érotique la légende outre-atlantique de Theda Bara (1890-1955), la Fox construisit un slogan pour lancer sa vedette, la première "vamp" de l'écran : "Le plus célèbre des vampires, dans son rôle le plus osé, apportant ruines et désastres à des milliers d'hommes."
En 1933, Extase fut le premier film public classifié comme érotique par la censure de l'époque. Ce fut l'oeuvre de Gustav Machaty (1901-1963), réalisateur d'un précédent dans le genre tombé dans l'anonymat : Erotikon (Seduction, 1929.) Son film Extase entra dans la légende cinématographique pour l'apparition d'une femme nue. Ce rôle était interprété par une illustre inconnue du nom d'Hedy Kiesler, de son vrai nom : Hedy Lamarr (1913-2000). Elle fut également l'interprête de Dalila dans le célèbre film de Cecil B. DeMille, Samson & Dalila (1949).
Sa seconde grande apparition fut dans un film de Marc Allégret où elle jouait le rôle d'Hélène de Troie (L'Amante di Paride, 1954). La rumeur d'Hollywood affirmera que Mrs. Hedy Lamarr, dans la vie mariée à un milliardaire, traqua jusqu'à ses derniers jours, toutes les copies d'Extase dont elle aurait auparavant racheté les droits pour les détruire.
On pourrait disserter sur le fondement réel de la censure interdisant la projection d'Extase. La polémique avec le recul du temps semble trouver son explication, non pas dans la nudité totale d'Hedy Lamarr, mais dans l'incipit du scénario pour l'époque outrageant la morale. Le scénario met effectivement en scène une jeune femme très belle et très jeune, mariée à un vieil homme riche pour des raisons de convenances sociales. Le soir de ses noces, son mari ne la satisfaisant pas, elle choisit de s'enfuir pour finalement trouver l'amour charnel et l'extase libératrice, dans les bras d'un jeune vagabond. Tout est là pour heurter la morale bien pensante et très puritaine des principes de la High-Society, fondant alors l'American Way of Life juste après le Krack social de 1929 et le début de la Middle-Class.
Forum
Durée de lecture : 2 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:44 | 5462 lectures
L'invention de Nicéphore Niepce (1765-1833), chimiste français, donna naissance aux premières pin-ups dont on peut retrouver, dans le Broadway Magazine de Juin 1899, les photos de l'époque. Ce sont des danseuses, en grande majorité, du music-hall (les 19th-Century "frisky" ou "spicy" pin-ups) dont les fameuses égéries sont Lillie Langhtry, Lillian Russell, ou encore Magde Lessing. Ce fut à la même période, venant d'Europe, que commencèrent à circuler des cartes postales "suggestives" provenant, en majorité, de France ou d'Allemagne. Encore cachés sous le manteau, on trouve également les célèbres "snap-shots" d'Isidora Duncan publiés pour le New-York's Society Dancer (1899). Ce fut l'époque des Roaring Twenties et de la prohibition qui devait tout déclencher avec la publication des fameux dix StoryBooks (magazines à 25 cents) où l'on découvrait Gilda Gray.
Cette dernière devint légendaire pour sa danse baptisée Shimmy Shewabble ("the Shimmy") dans les cabarets de New-York en 1918. A l'époque, elle reçut pour sa prestation la somme de 45.000$ en une semaine. Face au succès dans les night-clubs, cette dance sulfureuse fut interdite par la Police. Profitant du succès des 10 StoryBooks, ce fut à la même période, que parut la célèbre revue de Cinéma : The Motion Picture Classic. Ce magazine à 25 cents avait en première de couverture des vedettes ou des danseuses des Ziegfield Folies. On y trouve notamment Gloria Swanson, Betty Compson ou encore Ann Pennington. La plus célèbre fut Clara Bow baptisée du nom : The It Girl (ancêtre du mot pin-up).
Des années 30 aux années 70, les studios d'Hollywood, construisirent ainsi un âge d'or. Ils produisirent les sex-symbols d'un idéal mythique féminin à la chaîne dans l'industrie du cinéma. Ils inventèrent ainsi le style glamour de la femme inaccessible autour d'un néologisme, la star. Plus rassurant pour les principes en vigueur de la morale, ce fut la mise en place d'un érotisme habilement codifié. Cela permit d'attirer le grand public et de contourner la censure toujours présente.
C'est dans le miroir des films légendaires d'Hollywood, qu'apparut doucement l'évolution de la femme moderne et la propre constatation de sa métamorphose érotique ainsi lentement révélée par l'écran. "Le cinéma dit de consommation, pourrait être étudié dans cette perspective, comme il serait intéressant d'étudier la presse du coeur, le roman à grand tirage, etc. Ou toutes les autres productions déferlées par les mass-media et qui, quantativement tout au moins, constituent un corpus hautement significatif". (extrait du livre Cinéma et société moderne d'Annie Goldman, 1974)
Forum
Durée de lecture : 4 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:46 | 4700 lectures
Comme un papillon de sa chrysalide, lentement se détachait pour prendre forme hors de l'écran, une nouvelle Eve du XXIème siècle. Dans un premier temps, cela se fit sans se rendre compte de l'ampleur sociale de sa propre métamorphose. Durant la phase de mutation, elle prit les traits de Sylvia Kristel, qui incarnait l'héroïne d'Emmanuelle Arsan en ébauchant juste le contour d'Emmanuelle de Just Jaeckin en 1973.
Un an plus tard, Annie Goldmann indique dans son livre Cinéma et société moderne que "Edgar Morin a fort bien décrit en 1959 le phénomène d'identification et de projection dont les stars sont le lieu géométrique. Mythes des temps modernes, rêves incarnés du peuple adulateur, déesses de légende, les stars règnent dans un olympe inaccessible aux couleurs phosphorescentes, dans un univers à leur mesure dont les extravagances, les plaisirs hors série et le luxe inouï assouvissent les rêves inaccessibles du public. Qu'elle soit fabriquée par le système rationnel hollywoodien ou qu'elle bénéficie de coups de chance inespérés, chaque star construit son personnage en essayant de créer un modèle chaque fois nouveau de femme fatale, toujours inaccessible, lointaine, mythique."
Un pack publicitaire d'une centaine de variantes d'un idéal féminin proposé par l'industrie d'Hollywood imprima la pellicule, mais aussi l'imaginaire et l'inconscient collectif des années 20 à 70. Le sexe dans cette production était sans danger pour la morale et les bonnes moeurs, puisque la femme devenue parfaite n'était jamais montrée nue. C'était donc sans risques. Pour l'idée du couple, le principe inventé par les studios d'Hollywood fut celui du happy-end. En un mot, c'était une sublimation par sa désincarnation de l'érotisme. Ce fut là, devant le danger du sexe, le tour de force de la censure. L'usine à rêves était piégée dans l'exemple de la pure Candide, l'héroïne totalement asexusée de Walt Disney.
Complémentairement à ce que le grand écran ne pouvait montrer des années 20 aux années 70, se développa plus discrètement une autre industrie quasi-parallèle. Elle était indirectement financée, pour les besoins de sa propre industrie par les studios d'Hollywood. Des années 20 à 30, la publication de revues encore très sages vit ainsi le jour : College Magazine, Pictorial Weekly from London, Vanities, Art Inspiration, Camera Art, Artists & Models Magazine (héritières des premières parutions coquines comme The National Police Gazette, diffusé dans les saloons après la Guerre de Secession). Ils reprenaient le principe de La gazette parisienne avec ses dessins de première de couverture aguicheurs comme La dame aux masques en 1923 ou encore les filles dessinées dans des poses érotiques du calendrier Brown & Biglehow. Des années 30 à 40, il y eut également : Movie Humour, Esquire, Candid Confessions, Ginger, The High Heels Annual (première publication américaine pour les fétichistes), Tit-Bits from London, ou des revues reprenant le principe des 10 StoryBooks à 25 cents, version ludique et colorée, comme des friandises : Wild Cherries ou Love Revels.
Ce fut la seconde Guerre Mondiale avec ses magazines pour GI'S qui fut le déclencheur de la vague des éditions plus "hards" tels que Show Girls, Movie Life, Girl Beautiful, Girl Picture Album, Nude Art Studies, Art of the Camera, Spot, Paris-Hollywood, Tit-Bits of Beauty, Glamorous Models, Beauty Parade, ou encore Lilliput ou Latin Interlude from London. Mais c'est de la période des années 50 à 60, que naquit la légendaire revue PlayBoy. Elle fut aussitôt plagiée par une revue concurrente de moindre qualité du nom de Playgirl. Dans les kiosques à journaux, naissaient alors un bouquet de petites revues telle que le fameux Spick (même date de première parution que PlayBoy) suivi d'un florilège d'autres titres du doux nom de Wink, Duke, Night & Day, Carnival, ou Foto-Roma.
Ce fut des années 60 à 70, que parut enfin l'édition des grandes revues modernes telles que Pin-Up (au début des années 60) parallèlement à la revue Gala, French Folies, Folies de Paris et de Hollywood, ou Parade from London (photos de modèles cadrées avec art ne montrant pas le sexe interdit par la censure). C'est à cette même époque, qu'apparait le premier calendrier-photo Pirelli avec ses jolies filles (reprenant le principe du calendrier Topper avec ses dessins coquins). Tous deux sont inspirés du style PlayBoy et des contemporains Artists Sketchbook Calendar et Best Magazine International (principe repris dans la revue américaine Hollywood Models). Cela déroula juste avant les années 70 et les revues cultes tells que Men Only, Club International, Mayfair, Topper, et Penthouse (dont les photos élégantes de Bob Guccione osaient montrer la toison féminine). Plus tard, dans les années 80, la revue Hustler révélait dans des photos, le sexe féminin en entier et crûment pour la première fois.
Bien auparavant, c'est de cette imagerie de romans de gare dont naîtra paradoxalement dans les années 68, l'émancipation érotique de la femme moderne dans des films. Ils dévoilaient l'invisible, jusqu'alors à l'écran, de la sexualité féminine et brisant ainsi le rêve de la femme inaccessible et l'iconographie imposée par Hollywood. "Lumière a ouvert la voie au cinéma-vérité. Méliès à l'imagination et au rêve" (extrait du Dictionnaire du Cinéma de Jean Tulard). C'est entre ces deux optiques, que se fonde peut-être la recherche sur le cinéma érotique et sa place dans l'oeuvre des grands maîtres ayant ouvert la porte à la production industrielle des films dits érotiques dans la fin du XXème siècle.
Forum
Durée de lecture : 5 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:48 | 5278 lectures
Le premier film qui allait créer le tsunami de la déferlante érotique sur les écrans ne fit paradoxalement aucun bruit. A sa première sortie en 1963, Le silence (Tystmaden) d'Ingmar Bergman passa inaperçu du grand public sauf pour les cinéphiles et une poignée d'intellectuels habitués des salles obscures. Film culte dans l'oeuvre cinématographique de Bergman, il se situe chronologiquement après un précédent du genre : Un été avec Monika (Sommaren med Monika) en 1952. Certaines scènes de ce dernier fut très marquantes telles que la masturbation d'Ingrid Thulin dans sa chambre d'hôtel, la scène du couple faisant l'amour devant l'écran, dans une salle de cinéma déserte ou encore un plan-séquence où l'une des deux soeurs revenant encore troublée dans la chambre d'hôtel lave rapidement sa petite culotte toute mouillée. L'apothéose se déroule dans la scène finale, inégalée à ce jour dans le naturalisme du plan filmique, où l'héroïne se fait sauvagement sodomisée dans une chambre par un garçon de café qu'elle a rencontré. Le film d'Ingmar Bergmann annonçait avant la date, par son simple sujet : l'histoire banale de deux femmes seules, l'émancipation sexuelle de la femme libre dans les années 68.
C'est ici que la censure frappa à nouveau devant le danger visuel. Cette oeuvre avait le pouvoir de rendre soudain visible ce qui doit rester invisible ou de remettre en question derrière le prétexte d'un film l'ordre social établi par le pouvoir du sexe. La censure ainsi vigilante à interdire des chefs-d'oeuvres trop dérangeants comme Les amants de Louis Malle en 1953, poursuivit son oeuvre aveugle jusque dans les années 70 sur tous les sujets tabous. Mais certains réalisateurs comme Louis Malle osaient malgré tout aborder ces thèmes "interdits" comme l'inceste dans Le souffle au coeur en 1971 ou la maison-close dans La petite en 1978.
La novice (La novicia) d'Alberto Lattuada en 1960 devait recadrer le sujet, en remettant la femme au centre de la question par rapport à la morale religieuse. Bien avant un second film, vingt ans plus tard, intitulé La fille en 1978, qui lui attira la foudre de la censure. En même temps, Antonioni nous donnait un chef-d'oeuvre sur le regard avec son film Blow-Up en 1967. En filigrane, on pouvait y voir le rapport du sexe avec la puissance de l'argent. "Monde qui, sous une apparence frivole, brasse d'énormes intérêts et où le photographe de mode occupe une place de choix" (Annie Goldmann).
C'est dans le début des années 60 que surgit Viridiana de Louis Bunuel en 1961. Cette oeuvre polémique fit avancer le cinéma dans le genre. Louis Bunuel adaptait à l'écran, l'oeuvre littéraire d'auteurs tels qu'Octave Mirbeau avec Le journal d'une femme de chambre (1963) ou le livre de Joseph Kessel avec Belle de jour (1966). Tout cela avant de réaliser le sublime Tristana (1970) et son dernier film Cet obscur objet du désir (1977).
Le meilleur remake outre-atlantique du livre de Nabokov, Lolita de Stanley Kubrick (1962) relançait la polémique et les basses-oeuvres des ciseaux de la censure. Mais cette fois dans un sens inverse que celui du public dont le regard plus curieux se tourna vers le genre. Allant en masse, dans les salles de cinéma, la population découvrit les films interdits de Stanley Kubrick. Le premier box-office moderne du cinéma des années 70 fut Orange mécanique (Clockwork Orange) en 1971. Le dernier film du genre dans les années 90, à apparaître au box-office fut Eyes Wide Shut en 1999. C'est sur ce même film que plane le doute de plans manquants.
A la date du Lolita de Kubrick, l'internationalisation du mouvement érotique du milieu des années 70, ne s'était pourtant pas encore totalement démocratisée. Du côté Italien, futur plus gros producteur de films érotiques, la réalisation restait timide, produisant une petite bluette dans le genre roman-photo où l'on découvrait Gina Lollobrigida. Entièrement nue, sous une chemise de nuit transparente, elle s'offrait à un adolescent, toute mouillée, au sortir d'un bain dans Ce merveilleux automne (Un bellissimo novembre) de Mauro Bolognini en 1969.
Contre toute attente, ce fut de la prude Angleterre par un film marquant que le courant s'émancipa : Les diables (The Devils) de Ken Russell en 1970. Il précéda un autre film qui fit scandale, pratiquement à la même date : Le messager (The Go-Between) de Joseph Losey en 1971. Ce fut avant l'explosion d'un film cultissime entré dans l'histoire : Le dernier tango à Paris (Last Tango in Paris) de Bernardo Bertolucci en 1972. C'est dans ce dernier que, pour la première fois, on découvrait un monstre d'Hollywood, Marlon Brando dans le rôle principal, au côté d'une comédienne anonyme Maria Schneider, encore inconnue.
Ce fut depuis ce film, que le miroir d'Hollywood se brisa. "Depuis, la contestation envahit le cinéma et, devenue la tarte à la crème des cinéastes et des producteurs, elle n'a plus rien à voir avec l'angoissante mise en question des années 1958-1968" (extrait de Cinéma et société moderne d'Annie Goldmann, 1974).
Il faut savoir que "le document le plus significatif dont nous disposions sur la censure méthodique des images et des sons est le "Production Code" (dit : "Code Hays") adopté le 31 Mars 1930 par le Conseil de Direction de la M. P. P. D (devenue depuis le M. P. A. A - Motion Pictures Association of America, Inc.) association des principaux producteurs et distributeurs de films américains (les major companies). Rappelons qu'il ne s'agit pas d'un texte législatif, mais d'un accord privé entre les détenteurs du quasi-monopole du cinéma, pour éviter une intervention de l'Etat fédéral, autrement dit d'un règlement écrit d'auto-censure. Ses dispositions furent suivies à la lettre - sinon dans l'esprit - pendant une bonne trentaine d'années, sous réserve de modifications et d'aménagements parfois forcés." (extrait du livre La mort à voir de Gérard Lenne en 1977)
Toux deux très précis, "l'article 4 ("Le sexe") contient 9 subdivisions détaillées, l'article 7 ("Les blasphèmes") une liste exhaustive des jurons interdits. Dans tous les pays, la censure officielle d'Etat se conforme à cette attitude en pénalisant lourdement le moindre écart érotique, en faisant preuve d'un laxisme illimité quant à la brutalité, en ne se souciant guère de l'image de la mort. En France, la législation répressive adoptée le 31 Octobre 1975, frappe de pénalités fiscales extrêmement lourdes, une certaine catégorie de films : films de pornographie et de violence. Un an après, sur l'ensemble des films ainsi "classés X", la proportion des films de violence ne dépasse pas 1%." (extrait du livre La mort à voir de Gérard Lenne en 1977)
Forum
Durée de lecture : 4 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:52 | 5385 lectures
D'abord timidement par l'intermédiaire de l'humour, des réalisateurs de renom d'Hollywood s'amusèrent avec l'érotisme comme dans le film Quoi (What ?) de Roman Polanski en 1973, avant quelques tentatives, du côté de l'Italie, plus intellectuelles. Pier Paolo Pasolini adapta le conte des Mille et une nuits (Il fiore delle mille e una note) en 1974. Son dernier film Salo ou les 120 Journées de Sodome (Salo o le centoventi giornate di Sodoma) en 1975, fut aussitôt frappé d'interdiction par la censure. Ce réalisateur de génie osa visiter en premier le coeur de l'érotisme. La même tentative, côté français par Alain Robbe-Grillet, fut moins réussie. Il réalisa deux films dans le genre sur le thème du sado-masochisme : Glissements progressifs du plaisir (1974) et Le jeu avec le feu (1975).
C'est du Japon, de l'autre côté du monde, que surgit un film, sorte de synthèse inattendue et explosive du courant érotique d'un esthétisme brut à couper le souffle dans la réalisation. Il montra d'une façon naturelle des plans d'une rare beauté. L'empire des sens (Ai no corrida) de Nagisa Oshima de 1976 montrait simplement deux êtres dans un rapport amoureux. Ils étaient liés l'un à l'autre par la passion charnelle de leurs seuls sens. Il fut le premier volet d'une série intitulée L'empire de la passion(Ai no borei) en 1978.
C'est à cette même date, que sortirent deux films autour du même sujet : Casanova (Il Casanova) de Federico Fellini (1976) et A la recherche de M. Goodbar (Looking for Mister Goodbar) de Richard Brooks en 1976, un autre film culte américain sur le don-juanisme féminin. Ce dernier film fut interdit à la projection en salle sur les écrans français. Ce fut là le dernier combat de la censure contre l'industrie du cinéma qui se retourna désormais contre elle. La toute puissance de la censure venait de commettre la faute qui allait la perdre, puisqu'elle cassait en touchant à ses meilleurs réalisateurs, la production d'Hollywood.
Il faudra pourtant attendre dix ans pour voir s'afficher le premier grand film érotique au box-office du cinéma : Neuf semaines 1/2 (9 weeks 1/2) d'Adrian Lyne en 1985. Il bénéficia de l'absoute du couperet de la censure. Très loin de l'impact érotique visuel de L'empire des sens, ce film se contentait de suggérer et non plus de montrer la nudité des corps. Le grand mérite de ce film demeure la silhouette sensuelle, de l'actrice Kim Basinger et l'apport au scénario de Zalman King, réalisateur de films érotiques tels que L'orchidée sauvage (Wild Orchid I & II) de 1989 et 1992.
En 1986, soit un an plus tard, sortait, sans aucune publicité et dans l'anonymat, un remake italien, adaptation de l'oeuvre célèbre de Raymond Radiguet : Le diable au corps (Il diavolo in corpo) de Marco Bellochio. Le tour de force du réalisateur fut d'adapter cette histoire dans l'Italie moderne du XXème siècle et des Brigades Rouges. Un simple prétexte dira la critique à un visionnage rapide. Ce film banal attira, dit-on, le public en masse dans les salles pour une seule chose : un long plan fixe où l'on voit pour la première fois à l'écran, une fellation en gros plan. Celle-ci était prodiguée par la jolie héroïne Maruschka Detmers. Ce film néanmoins, remarquable pour son audace, ouvrait une porte : celle du naturalisme dans la filmique érotique, sans aucune concession, ni autre effet.
Il fallait le talent cinématographique d'un Bellochio pour arriver à cette pirouette réussie. Il donna à ce film une troublante douceur et un charme incontestable, le tout très habilement maîtrisé. Amos Kollek, un jeune réalisateur inconnu alors reprendra l'efficacité de l'emploi du cadrage sans effet et des plans naturalistes pour réaliser outre-atlantique, dix ans plus tard, en 1997, un des plus beaux films intimistes. Il s'agit de l'histoire d'une femme banale intitulée Sue perdue dans Manhattan. Ce même réalisateur signa par la suite, deux autres oeuvres réussies tout aussi dérangeantes : Fiona (1998) et une charmante comédie sur l'American Way of Life moderne d'une femme au quotidien Fast-Food Fast Women (2000).
Pour clore ce chapitre, nous rendrons hommage, à deux autres films. Tous deux boudés par la critique lors de leur première sortie en salle. Le premier est, aujourd'hui, indissociable de la légende du cinéma moderne. Oeuvre de grand talent, Basic Instinct joue avec les codes du polar et de l'érotisme des anciens films d'Hollywood. Il manipule le spectateur jusqu'au dernier plan sans apporter de réponse. Sorti en 1991, ce film noir est d'une rare intensité dans la violence et l'érotisme. Il est interprété par deux figures d'Hollywood qui étaient à l'époque de second plan et qui sont devenues célèbres, depuis : Michael Douglas et Sharon Stone. Ce couple mythique du cinéma est réuni le temps d'un seul film par un plan sulfureux. L'une des scènes marquantes du film est celle de l'interrogatoire durant lequel l'héroïne du film, jouée par Sharon Stone, présumée coupable, entre dans le jeu de l'érotisme. Elle croise et décroise les jambes dévoilant ainsi son sexe en gros plan. Ce moment très intense n'est pas pour autant gratuit car il constituera l'une des clefs de l'intrigue. C'est le tour de force magistral de son réalisateur Paul Verhoeven.
Le second film est inclassable. Il s'agit de Crash sorti en 1996. Oeuvre de génie du réalisateur David Cronenberg, il s'agit d'un film qui bouleverse tous les codes de l'érotisme banal. Ce réalisateur hors-norme flirte avec l'école du néo-réalisme italien et du polar américain. Crash est un constat, filmant avec un oeil clinique l'évolution d'un couple et sa lente descente aux enfers dans un étrange jeu érotique. Avec l'objectivité quasi-journalistique d'un reportage, ce tableau moderne est, pour reprendre la phrase de Jean Cocteau : "Brûlant de cette chaleur de la glace".
Forum
Durée de lecture : 4 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:56 | 5064 lectures
Caractéristique du joyeux désordre, de l'ambiance potache des années 60, aujourd'hui cinquante ans après, il ne reste en France, la trace d'aucune école du cinéma érotique. De cette cours de récréation rappelant l'esprit "je-m'en-foutiste" de l'institut privé du film Les sous-doués de Claude Zidi en 1980, ne subsiste que quelques oeuvres. Leurs propres auteurs, à l'époque, signèrent les titres sans aucune volonté de sérieux, ni d'intellectualisme. C'est sans doute là tout le charme de cette production. Nous ne retiendrons, à défaut de l'impact dans l'histoire du cinéma, que le rappel nostalgique d'une poignée de titres.
Dans ce petit bazar hétéroclite, dont la spécificité n'était : aucune règle précise sinon d'échapper à la censure, que reste-t-il ? Un nom, parfois. Celui d'une héroïne, représentative de cette période mythique par exemple. S'il est ainsi difficile d'avancer qui a fait quoi le premier, il reste quelques figures typiques tells que Les adolescentes de David Hamilton, Laura ou les ombres de l'été (1979), Tendres cousines (1980) et Premiers désirs (1983).
Dans le même style d'érotisme, très soft, il y a les films de Just Jaeckin : Emmanuelle (1973), Histoire d'O (1975) ou L'amant de Lady Chatterley (1981). La palme du joyeux potache revenant au plus représentatif de cette même époque : Max Pecas. Ce réalisateur est devenu aujourd'hui célèbre pour ses films de série B. Cela fait injustement oublier que le même Max Pecas commença sa carrière par des polars torrides tels que Le cercle vicieux (son premier film en 1959), La main noire (1968) ou encore Les 1001 perversions de Felicia (1975). Puis il opta pour la comédie pseudo-érotique qui fit son succès. Parmi ces films, on trouve notamment : Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu... (le plus long titre de film dans l'histoire du cinéma dit-on en 1980), Belles blondes et bronzés (1981), Les branchés à Saint-Tropez (1983), Deux enfoirés à Saint-Tropez (1985) ou encore On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1986).
C'est à Max Pecas, l'un des pionniers du cinéma érotique en France à cette période, qu'il faut rattacher un petit courant d'autres réalisateurs. On les retrouve régulièrement au générique des films de Max Pecas : Claude Mulot qui réalisa Mes nuits avec Alice (1975), Le sexe qui parle (1975), Jouissances (1976) et L'immorale (1980). Le second réalisateur est Michel Vocoret à qui l'on doit Comment draguer toutes les filles (1981) et Qu'est-ce qui fait craquer les filles (1982). Et enfin Claude Lemoine qui réalisa Les désaxées (1972), Confidences d'un lit trop accueillant (1973), Les petites saintes y touchent (1974) et Tirez pas sur mon collant (1978). Tous ces titres renvoyaient le public à des pastiches.
A cette équipe très irrévérencieuse de joyeux potaches s'opposait un autre style. Ce fut la tendance plus adulte du cinéma érotique avec les films de Françis Leroi : Les plaisirs solitaires (1976), La petite pensionnaire (1978), Désirs sous les tropiques (1979), Emmanuelle 4 (1983) et Emmanuelle au 7ème ciel (1993). S'ajoutent également les créations du même style de Jean Rollin : La vampire nue (1969), Jeunes filles impudiques (1973), Phantasmes (1976) et La comtesse Ixe (1976) et de François Leterrier : Projection Privée (1973) et Goodbye Emmanuelle (1977) ou toujours, dans le porno soft, Eddy Matalon : La chatte sans pudeur (1974.) Il faut également compter avec l'adaptation, de la bande dessinée de Milo Manara, par Jean-Louis Richard : Le Déclic (1985).
Dans le genre érotique hard, avant la création du label X dans les années 90, on dénombrera peu de films, juste une liste de quelques noms dans le genre porno-soft. Dans ce style, on trouve les créations du réalisateur Claude Pierson : Une fille libre (1970), Justine de Sade (1973) et Ursula (1981), ainsi que ceux de son rival, adepte du Divin Marquis, Jacques Scandelari : La philosophie dans le boudoir (1969), Sade 76 (1976) et Brigade mondaine (1978). Ce dernier film est un remake d'un titre de l'oeuvre de Maurice Boutel. Ces longs métrages, avant la date, annonçaient l'univers de Gérard de Villiers. Dans le même style, d'autres réalisateurs proposèrent des films dont l'iconographie, aujourd'hui de série B, retrace l'érotisme de l'époque. C'est notamment le cas des films de Henry Zaphiratos avec Les nymphettes (1960) et Et les lionnes (1971), ainsi que de François Jouffa avec La bonzesse (1973), de Gérard Kikoine avec L'amour à la bouche (1974) et Lady libertine (1983). Ce fut à cette époque, qu'apparut la première égérie du porno en France, la légendaire Brigitte Lahaie (Indécences 1930, 1977).
Pour le public des petites salles pornos de la même époque : on notera une trilogie de réalisateurs marquants. José Bénazéraf et son oeuvre qui fut frappée injustement par la censure la plus virulente. Ce réalisateur signa une longue liste de titres de films sulfureux tels que Le cri de la chair (1962, son premier film), Plaisirs pervers (1968), Le sexe nu (1974), Les incestueuses (1976), Les contes galants de Jean de La Fontaine (1981), Eva (1983) et Le journal de Cynthia (1985). Il inspirera une petite poignée d'hommes dont Pierre Chevalier qui réalisa Nathalie, l'amour s'éveille (1968), Pigalle, carrefour des illusions (1972) et La maison des filles perdues (1973). Dans le même genre, Jean-François Davy réalisa Le seuil du vide (1971), Jouissances (1974), Infidélités (1975) et Exhibitions II (1979). Ces quelques hommes libres sont les précurseurs de l'industrie des films X partout aujourd'hui librement en vente.
Dans l'histoire du cinéma, José Bénazéraf (dont la particularité, selon la légende, fut d'avoir plusieurs pseudonymes et d'être ancien élève de l'ENA) reste ainsi à ce jour "Considéré comme le père du cinéma hard en France" (extrait du Dictionnaire du Cinéma de Jean Tulard, 2001).
Forum
Durée de lecture : 3 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:57 | 6135 lectures
L'Italie érotique des années 70, se distingue de la France par un particularisme amusant. Cette constante étant pour les réalisateurs de films érotiques, l'aptitude à changer de nom. Pour un réalisateur, dans le genre prolifique (on l'a vu avec José Bénazéraf en France) avait parfois jusqu'à plusieurs pseudonymes. Cela a pour conséquence, de ne plus savoir aujourd'hui, qui a fait quoi.
L'exemple le plus prolifique et le plus significatif ne fut pas un italien mais un réalisateur espagnol. Les films de Jesus Franco, longtemps boudés par la critique, sont aujourd'hui une référence de cette période et de cette production parfois à la chaîne de petits films érotiques. Jesus Franco alla jusqu'à un record dans la réalisation en tournant dans la seule année 1972, un total de 7 films : Dracula prisonnier de Frankenstein, Les démons, Les expériences érotiques de Frankenstein, Quartier de femmes, 3 filles nues dans l'île de Robinson, La maison du vice et Les nuits brûlantes de Linda. Il est impossible de donner une liste complète des films de Jesus Franco. Il signera sous le pseudonyme de Clifford Brown de nombreux films pornos dont quelques oeuvres majeures comme l'adaptation de deux récits du Divin Marquis : Justine (1968) et Eugénie (1970), mais également un film cultissime sur une novice intitulé Love Letters of a Portuguese nun (1973). Le plus attachant de ses films pour les cinéphiles restera peut-être La comtesse noire (1973).
Le style très hard de Jesus Franco mêlé à l'érotisme fut la marque de fabrique à la même époque de la production Italienne. Parmi les réalisateurs de ces petits films à bon marché très bien faits nous retiendrons, en premier, Giovanni dit Tinto Brass. Il fut, dit-on, le créateur du mythique Caligula, qu'il refusa de signer. Il imposa que son nom figure au générique uniquement pour les prises de vue. "Selon certaines sources, il aurait été remercié par Bob Guccione, le producteur du film" (extrait du Dictionnaire du Cinéma de Jean Tulard, 2001). La filmographie de Tinto Brass est assez courte. Il n'en est pas moins un maître du cinéma érotique avec une poignée d'oeuvres rapidement devenues célèbres. La plus connue est La clef (1983), suivie d'une trilogie : Miranda (1989), Paprika (1991) et la très coquine Monella (1997). Son dernier film s'intitule La boite à fantasmes (1999). Tous ces films sont désormais considérés comme des petits chefs-d'oeuvres d'érotisme.
Quelques autres réalisateurs, des années 70 à 80, se rattachent à cette école. Ce fut le cas d'Aristide Massaccessi, dit Joe d'Amato. Il réalisa tout d'abord dans le genre érotique soft des films comme Emmanuelle et Françoise (1976), Black Emmanuelle 2 (1976), Emmanuelle en Amérique (1977) et Black Emmanuelle autour du monde (1977). Par la suite, il commença à réaliser des films de style pornographique tels que Les amours interdites d'une religieuse (1979), Et mourir de plaisir (1979), La femme pervertie (1985, d'après Rétif de La Bretonne). Dans une réalisation classée dans le genre de la pornographie classieuse, on trouve Mario Salieri. Il fut le créateur de La vie secrète de Jasmine (1987) et E Viva Italia (1995). Le subversif Salvatore Samperi réalisa pour sa part Malizia (1973), La bonne (1986), Plaisirs interdits (1984) et Malizia 2 (1991). Le réalisateur Bruno Corbucci, réalisa, quant à lui Isabella, Duchessa dei Diavoli (1969) et Messalina Messalina (1977).
Flirtant avec l'univers des fumettis, une floppée de films, étaient plus ou moins de bon goût et pour certains à la limite de purs nanars, Parmi eux, on trouve les films de Fernando Di Leo : Les insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock (1971), La mala ordina (1972) et Le boss (1973). Dans le genre de cinéma de série Z, il y a les films de Sergio Bergonzelli : Voluptés érotiques (1975), La sposina (1976), Taxi Love servizio per signora (1977) et Menage a quattro (1977). Dans le genre du "cinéma du samedi soir" (selon Jean Tulard, Dictionnaire du Cinéma, 2001) on peut raccorder à cette liste, les films pour potaches de Silvio Amadio : Les polissonnes excitées (1974), La lycéenne a grandi (1975), Il medico (1976) et La studentessa (1976). On peut enfin, joindre à cette poignée de films, la production de Mario Calano (alias Hawkins) : Destin de femmes (Fraulein SS, 1976), ou encore de Cesare Canevari : Io Emmanuella (1970) et Des filles pour le bourreau (1977). Ces films sont les "symboles d'un cinéma italien pornographico-raccoleur" (sic, Jean Tulard). La censure appliqua une interdiction définitive à ce type de film.
De cette production pseudo-érotique de série Z, il y a néamnois un ou deux films à sauver. Pour les cinéphiles de l'époque, il s'agira peut-être d'Emmanuelle 2 (1976, réalisé par De Gorbucci.) et de Et si on faisait l'amour ? (1968, réalisation de De Vittorio Caprioli). Ces deux superbes nanars sont représentatifs, bien malgré eux, d'un paradis perdu à jamais.
Forum
Durée de lecture : 3 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:58 | 4606 lectures
En dépit du nombre incalculable de films qui circulèrent sous le manteau dans l'Amérique des années 70 à 80 (on le découvre aujourd'hui, avec les films interdits d'Hollywood et les bouts d'essai de Marilyn Monroe) un très petit nombre de réalisations restent dans l'histoire du cinéma.
Photographe de PlayBoy, surnommé "The King of the Nudies", ce fut le réalisateur Russ Meyer qui osa le premier film pornographique aux Etats-Unis en sortant The French Peep-Show en 1958. Il créa, avant la production légale dans le genre, le modèle-étalon. Il donna à l'industrie, par le succès d'un porno-soft intitulé The Immortal Mr. Tears (1959), la preuve que l'érotisme rapportait de l'argent en masse. Ce film pornographie "soft" rapporta plus d'un million de dollars.
Dans la production copieuse de Russ Meyer, les cinéphiles retiendront l'incunable Les 7 minutes (1972) et le mythique Le serpent noir (1973), avant la légendaire trilogie : SuperviXens (1975), MegaviXens (1976) et UltraviXens (1979, son dernier film). Son oeuvre est une incontournable dans le cinéma érotique.
C'est à la même époque que le phénomène social venant des USA éclata. Un réalisateur inconnu du nom de Gérard Damiano scandalisa le monde et porta un coup fatal à la censure. Devant l'afflux du public venu en masse dans les salles de cinéma, l'interdiction de son film ne servait plus à rien. Le monde découvrait enfin la liberté et le droit de voir le sexe nu à l'écran grâce à ses deux films qui, dès leur sortie en salle de cinéma, entrèrent dans l'Histoire : Deep Throat (Gorge Profonde) en 1972 et The Devil in Miss Jones (L'Enfer pour Miss Jones) en 1973.
Contrairement aux autres réalisateurs, avec les films de Gérard Damiano, le public découvrait que derrière les images, un film porno pouvait tenir un discours. Ce fut peut-être pour cette raison, lors du Watergate, qu'on donna par analogie l'amusant surnom "Deep Throat" à l'agent révélateur de l'affaire. C'est avec Gérard Damiano que le cinéma pornographique entra véritablement dans l'histoire du cinéma. "Grand maître du porno hard américain il fut lancé par les étudiants des campus" (Jean Tulard).
Ce fut de l'est, de l'autre côté de l'Atlantique, qu'apparut en 70 l'oeuvre érotique et sulfureuse de Walerian Borowczyk. On retiendra ses deux meilleurs films qui firent date. Dans le premier, on retrouve l'acteur Fabrice Lucchini, dans le premier sketch et Paloma Picasso, jouant le rôle d'Erzbeth Bathory, dans le dernier. Il s'agit du film Contes immoraux (1974). Les cinéphiles les plus avertis se souviendront d'un autre sketch plus iconoclaste dans lequel une mère, pour punir sa fille volage, l'enferme dans sa chambre avec juste un missel et un concombre. Ce fut avant le désormais immortel et célèbre film La bête en 1975. Un peu plus tard, il réalisa un autre film tout aussi brûlant : Intérieur d'un couvent en 1978. Très proche du film sur le même thème de Jess Franco, Walérian Borowczyk apporta une patte indéniable dans le domaine réservé des films érotiques. Il fut un maître en la matière. "Oeuvre raffinée et érotique, mêlant l'univers de Georges Bataille, Sade, et Mandiargues" (Jean Tulard).
Venant du Japon, après l'explosion de L'empire des sens, c'était le calme plat. Shuji Terayama signa Les fruits de la passion en 1981 qui était en fait le célèbre film Histoire d'O transposé dans la Chine des années 1920. Ce réalisateur était connu pour son premier film Jetons les livres, sortons dans la rue (1971). "Film qui lui valut d'être salué comme le Rimbaud du Cinéma Japonais" (Jean Tulard).
C'est de là qu'allait émerger l'industrie du X aux USA en donnant naissance à la face cachée d'Hollywood qu'on appelle depuis The Unseen Hollywood. Il faut savoir que les recettes de l'industrie du film X en Amérique, finance aujourd'hui la bonne moitié des grands films tout public d'Hollywood.
Nous sommes alors dans les années 80 et c'est l'apparition d'Internet. C'est à dire avant le déluge des filles coquines de tous les jours devant leurs webcams. "La femme n'est jamais à l'écart de la société. Elle s'y adapte par compromis ou essaie d'y réussir car la société est faite pour elle" (extrait de Cinéma et société moderne d'Annie Goldmann, 1974).
Forum
Durée de lecture : 2 mins environ | Mis à jour le vendredi 27 Mai 2011 à 18:59 | 5177 lectures
La place des femmes, réalisatrices de films érotiques, s'impose aujourd'hui comme une évidence. Par tradition, le cinéma érotique est fait par des hommes pour un public d'hommes. C'est ici que la notion d'école, s'il y en a une dans le cinéma érotique, est rattachable à des réalisatrices uniquement françaises. La pionnière, Nelly Kaplan créa le premier film dans le genre dans les années 68. Ce film est entré aujourd'hui dans l'histoire du cinéma. D'un érotisme très sage, mais véritable jeu de massacre, il témoigne de la bêtise de la censure à l'époque, de toute évidence, pour le portrait qu'il osait donner de la femme émancipée. Ce film porte le nom de La fiancée du pirate (1969). Depuis ce film dit-on, Nelly Kaplan sous le pseudo de Bellen, écrit des textes fort érotiques tout en continuant son oeuvre cinématographique avec notamment Plaisirs d'amour en 1991.
Une poignée de femmes libres, osant affronter la censure, s'attaqua alors au sujet, tout doucement d'abord. La première fut Nina Companeez avec Faustine et le bel été en 1971. Cette jolie oeuvre très gentillette fut suivie du film Portier de nuit de Liliana Cavani en 1973, oeuvre sur le sado-masochisme et sur la fascination d'une femme pour son bourreau, jugée scandaleuse par la censure. Ce film fut bien évidemment interdit de projection au public par la censure devant le danger du discours derrière les images. Ce film osait montrer qu'une femme pouvait trouver son plaisir par l'emploi d'un genre de pratiques déviantes. De la même façon une femme peut prendre du plaisir avec une autre femme, par le plaisir saphique dans The Berlin Affair (1986). Mais déjà, la censure n'existait plus pour interdire ce dernier.
La plus turbulente de toutes ces réalisatrices donna des films encore plus dérangeants. Ce fut l'apparition de la très coquine et irrévérentieuse Catherine Breillat. Elle désacralisa l'image idéale de la jeune-fille dans le film Une vraie jeune-fille en 1975, avant le portrait ordinaire d'une femme moderne dans Romance en 1999. Sa dernière oeuvre Anatomie de l'enfer en 1999 tenta une démythification, du corps féminin.
Les deux petites cadettes, de cette école de filles osant toucher au porno furent Virginie Despentes, réalisatrice du film Baise-moi (2000) et Ovidie, ancienne actrice éphémère de films X dans son film Divines (2003). A cet instant, nous sommes au début des années 2000. La petite caméra, à usage familial inventée par Pathé en 1924 est dépassée. Elle a donné naissance à un instrument résolument plus moderne. Celui-ci n'ayant plus de pellicule à faire développer par aucun photographe, ni aucun laboratoire. Les grands studios d'Hollywood l'utilisent aujourd'hui tout en continuant à produire des films ruineux, tremblant pour leur empire de pellicule.
Ils sont conscients que les films coquins qu'une fille banale commencent à faire le tour du monde alors qu'elle travaille seule dans son coin en filmant d'autres filles se donnant pour leur seul plaisir, du plaisir en direct devant sa petite caméra numérique. Cette nana, dont Hollywood connaît déjà le nom, s'appelle Abbey Winters. Ses films circulent partout dans le monde librement sur le Net, tandis qu'à chaque minute, d'autres femmes anonymes, partout dans le monde, se branchent devant leur webcam.
Forum
Version 4.0 Beta
Page générée en 0.0766 sec. avec scripts actifs
Roomantic est une marque déposée
N° de SIRET : 509 902 896 00026
Site déclaré à la CNIL sous le n°1164302
Site étiqueté par l'ICRA et compatible avec les logiciels de contrôle parental