Accueil > Actualités > Liste des actualités > Mademoiselle, la case en trop pour Osez le féminisme ou la campagne en trop ?
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| Le lundi 03 Octobre 2011 à 10:15
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La semaine dernière, pour l'actualité du jeudi, nous avions deux sujets chauds qui se présentaient à nous, la SlutWalk et la campagne d'Osez le féminisme intitulée "Mademoiselle, la case en trop". Outre le fait que le premier sujet méritait plus de soutien car moins bien couvert par les médias et réseaux sociaux (probablement à cause du second), le nouveau combat féministe n'avait pas de prérogative temporelle et tendait à partir dans tous les sens. Il était donc plus sage de prendre du recul pour étudier les différentes réactions sur lesquelles nous revenons un peu plus bas.
Pour rappel, le réseau "Osez le féminisme", né en juin 2009, a beaucoup fait parler de lui avec la progression de sa notoriété. Cette association vise à convaincre que l'égalité, même si elle est inscrite dans la loi, n'existe toujours pas dans les faits. Elle met donc en place de nombreuses campagnes pour sensibiliser l'opinion publique à propos des inégalités dont les femmes font quotidiennement l'expérience.
La popularité de ce réseau féministe est due en partie à la création du blog Vie de meuf. Sur le modèle du site Vie de merde, sont diffusées des anecdotes de femmes démontrant le sexisme auquel elles doivent faire face tous les jours. Alors qu'il était possible de commenter les contenus, le site a dû faire face à de nombreux propos jugés irrespectueux et a par conséquent bloqué cette fonctionnalité.
La campagne "Mademoiselle, la case en trop" lancée par Osez le féminisme et les Chiennes de garde via le site MadameOuMadame.fr demande à supprimer la mention "Mademoiselle" sur les formulaires (qu'ils soient publics ou privés). Selon le communiqué : "Loin d'être flatteuse, la civilité "Mademoiselle" oblige les femmes à dévoiler leur vie privée, comme si le mariage conférait une valeur supplémentaire aux femmes. Alors qu'aujourd'hui le mariage relève d'un choix et de la vie privée, pourquoi encore définir les femmes en fonction de leur statut matrimonial ?".
La nouvelle campagne d'Osez le féminisme a pris une ampleur inattendue. Mercredi dernier, la France a fait parler d'elle avec son "mademoiselle" en apparaissant dans de nombreux médias étrangers : Aux Etats-Unis (Time), au Canada (The Globe and Mail), en Allemagne (Sueddeutsche), en Italie (Style.it) en Hollande (Volkskrant), en Suède (DN), en Lettonie (TVNET) ou au Brésil (UOL Estilo). Le lendemain, c'était le sujet brulant sur le réseau Twitter et de nombreux sites et blogs.
Les actions féministes ont toujours été mal perçues par une population conservatrice et machiste. Elles mènent souvent à des propos réducteurs, avilissants et humiliants sur fond de sexisme. Pourtant, cette fois-ci la différence est de taille. La question du "Mademoiselle" provoque une incompréhension voire une dissidence chez les femmes et hommes habituellement favorables aux idéaux féministes.
Beaucoup ne comprennent pas l'intérêt de s'engager dans une telle action et jugent ce combat inutile et sans intérêt. La raison la plus souvent évoquée est l'importance de ce "Mademoiselle" dans le quotidien des femmes comparé aux nombreuses autres formes de sexisme dont elles sont victimes dès le plus jeune âge. Certaines femmes se demandent même si elles ont déjà ressenti une forme de discrimination ou d'atteinte à leur vie privée en cochant une telle case. Sur ce sujet, c'est également la grande interrogation de David Abiker (@davidabiker), auteur de Zizi the kid, qu'il pose sur son blog. D'autres confessent être plus dérangées par la mention "Nom de jeune fille" dans les formulaires.
A côté de ça, il est évoqué le fait que dans ces mêmes formulaires est souvent demandé en complément le statut : Célibataire, marié(e), pacsé(e), conbubin(e) ou veuf(ve). Si il y a un besoin de déterminer si une personne est mariée, la différentiation entre "Madame" et "Mademoiselle" n'est pas suffisante. La première est qu'il n'y a pas d'équivalent pour l'homme et la seconde est que cette mention n'a aucune valeur juridique. Les termes "Madame" et "Mademoiselle" seraient alors essentiellement utilisés par habitude pour la correspondance avec les personnes concernées.
Enfin, certaines sont attachées à ce terme, par convention mais aussi pour ce qu'il représente. Le choix du mot "mademoiselle" ou "madame" se ferait plus selon un contexte plutôt que l'âge ou un statut marital. Il évoque pour certaine la courtoisie, le romantisme ou lorsqu'un homme veut s'adresser à une femme en étant agréable. Véronique (40 ans) indique que "Dans la logique des choses, on devient "Madame" par mariage ou lorsque l'on a un enfant. Mais à bien écouter les gens dans la rue, une femme avec un enfant se verra souvent appeler mademoiselle par galanterie."
Est-ce que la cause féministe n'est pas desservie par des actions mettant le doigt sur ce que certains et certaines considèrent comme du détail ? Comme elle l'évoque sur son blog, Camille (@paumakeca) pensait être féministe et finalement cette campagne fait qu'elle ne se reconnait plus dans ce combat.
De son côté, plutôt favorable à cette campagne, Sylvie (30 ans) estime que les priorités ne sont pas les bonnes. "Concernant les autres combats menés par le féminisme, le problème est que ces associations féministes font penser qu'il y a une seule vision de la femme. Nombreuses sont celles dans ces associations qui se souhaiteraient les égaux de l'homme en tous points. Mais il me semble que parmi les femmes, nombreuses sont celles qui ne souhaitent pas être les "égaux" de l'homme (d'un point de vue biologique notamment) mais bien les "complémentaires". Il faut se battre pour le respect de la femme, contre les discriminations, contre les violences faites aux femmes ou encore pour l'égalité des droits. Mais vouloir définir ce qu'est la femme cela relève de chacune et non d'un groupe d'extrémistes."
Quand de nombreuses femmes s'opposent aux actions féministes, on peut estimer qu'il y a un sérieux problème. Alors est-ce que cette campagne est une erreur stratégique ? Est-ce qu'il y a eu une étude préalable sur ce besoin de supprimer ce "Mademoiselle" ? Est-ce que cette case est vraiment un problème ? Est-ce qu'Osez le féminisme et les Chiennes de garde n'ont pas définitivement détourné de nombreuses femmes (et hommes) sensibles à leurs causes ?
Cette campagne a eu une propagation mondiale. Les médias étrangers sont restés dans l'ensemble plutôt neutres en se contentant de relayer l'information. Le réseau Twitter, s'est quant à lui enflammé sur le sujet la semaine dernière. Les billets contre cette campagne (Le chardon sur Agoravox, Elodie Emery sur Marianne 2, Le(s) suiveur(s) des choses, Shaya qui rit Shaya qui gueule (@Shaya_Oh) ou en faveur (Crêpe Georgette, Olympe et le plafond de verre, Maïa Mazaurette, Oh Océane sur le Nouvel Observateur (@OhOceane)) se sont mis à fleurir un peu partout sur la toile.
L'impact de cette campagne auprès de l'opinion publique semble plutôt négative. Au lieu de fédérer, elle a réussi à diviser les personnes habituellement pour une égalité entre les sexes et une suppression des discriminations. Il ne vous reste plus qu'à vous faire votre propre avis. Alors, "Mademoiselle", est vraiment la case en trop ?
Auteur principal : Topper
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