Accueil > Actualités > Liste des actualités > Les fumettis - Les années Isabella
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| Le lundi 20 Juillet 2009 à 10:00
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Partie de France en 1962 avec le personnage de Barbarella, la vague d'érotisme qui, depuis trois ou quatre ans déferlait sur le monde occidental (du moins sur le plan de la bande dessinée), allait trouver son épanouissement en Italie en se démocratisant. D'un coup, le monde découvrait que les femmes (à travers les héroïnes très coquines de ces bandes dessinées érotiques) pouvaient aller les seins nus et le popotin à l'air. Elles n'hésitaient pas à faire l'amour n'importe quand, dans n'importe quelle circonstance et surtout avec qui elles voulaient.
Sadoul (journaliste et écrivain français spécialisé dans le cinéma) rappelle à juste titre, que le sexe fit son apparition dans la bande dessinée avec la seconde guerre mondiale. On publia des comic-books pour les G.I., à travers des héros tels que Le Fantôme ou Tarzan, qui reprenaient tous les codes de la virilité. Mais avec des attributs virils disproportionnés constamment exposés à l'air libre. (sic.)
Milton Caniff, dans ses bandes dessinées pour G.I., dessinait d'adorables pins-up. Dès la fin de la guerre, la firme Nutrix lança des fascicules dont le contenu à l'évidence reposait sur des perversions sexuelles telles que le sado-masochisme. On découvrait ainsi un monde soudain étrange où l'amour pouvait se faire au moyen d'un fouet (faisant passer cet acte, pour un amusement comparativement à la torture, pratiquée pendant la guerre).
Parallèlement dans divers pays aussi bien d'Europe que d'Amérique du Sud, fleurissaient des bandes dessinées purement pornographiques où l'acte sexuel était représenté à longueur de magazine. Plus tardivement, l'apparition des undergrounds comics où la pornographie n'était plus une fin en elle-même, mais un moyen de critique de la société et des tabous traditionnels. Quoiqu'il en soit, cette réaction d'une nouvelle génération d'auteurs contre la bande dessinée classique et asexuée était finalement très saine, renouant ainsi avec la grande tradition du roman populaire de la fin du XIXème siècle.
C'est ce que comprirent les auteurs des fumettis. C'est en réagissant contre les règles de cet arbitraire, qu'ils n'hésitèrent pas à créer des héroïnes moins conformistes dans des récits souvent audacieux. Les poncifs du genre pour mieux les retourner y étaient scrupuleusement respectés. Et c'est ainsi, qu'un beau jour de grâce, d'un fumetti naquit : Isabella en 1966.
Elle reprenait les prérogatives dues à son sexe : le charme, l'humour, le non-conformisme et le libre choix de ses partenaires amoureux. Celles-ci avaient été revendiquées avant elle par la désormais illustre nymphomane du cosmos, sa consoeur Barbarella (publiée par V-Magazine de 1962 à 1964, avant la censure de l'album de Losfeld à l'affichage). Apparaissait ainsi la douce Isabella. "Très jeune, très belle, très peu vêtue, et entourée d'ennemis (ainsi que la décrit Sadoul) cette jolie enfant passait, des bras de ses amants aux mains de ses bourreaux, avec une aisance déconcertante." En raison de son succès quasi-immédiat au bout de dix numéros, la parution de ses aventures passa à deux numéros par mois en Italie avant son adaptation au cinéma sous le titre : "Viva Isabella !"
C'est à partir d'Isabella que les Editions Elvipresse lancèrent une série de titres dont nous ne retiendrons que les plus fameux. Parmi eux, on trouve Jacula, charmante femme-vampire blonde. Elle a le mérite d'avoir devancé l'apparition de la femme-vampire brune Vampirella aux USA. C'est Jacula qui eut le plus de succès en France. Il y avait aussi Angelica (le poncif du genre, violée, fouettée, torturée, sauvée in-extremis par un beau gars à qui elle se donnera), Saffo.
Toutes aussi provoquantes, il y avait : Jungla (sous titrée : la vierge africaine, en fait une jolie brunette italienne qui tient à sa virginité dont tous les amants meurent), Walalla (l'indienne blonde qui se place en opposition à Vartàn l'indienne blanche) et Hessa (fille d'un père nazi, sadique et incestueux, et d'une mère nymphomane et droguée. Prise dans la tourmente de la chute de l'empire hitlérien, elle vit des aventures d'une rare violence).
S'ajoute à cela Genius de Milo Manara, Helga (les histoires les plus sadiques de la collection Elvipresse) et Terror dont les histoires médiévales mettaient en scène de jolies femmes adorables et perverses jouant avec le fantastique. Goldrake paru aussi sous le titre Goldboy, un agent secret play-boy n°1 accompagné de la délicieuse Ursula, dans son univers dangereux. Il y eu également Mirna (compagne du justicier Genius) et pour finir Jolanda de Almaviva de Milo Manara également.
Nous ne pourrions achever ce digest des parutions d'Elvipresse sans en citer les deux titres initiateurs : Diabolik et Satanic. Alors que paraissait aux Editions Arédit, une version de Coplan (dessinée par Richard-Bessières) ainsi qu'une version d'OSS 117 dessinée par Alain Tercinet. Deux héros français opposés côté italien à deux super-criminels. Kriminal (plus justicier en fait que criminel) et Zakimort (sa collègue féminine). La palme revient à l'effroyable démon femelle qu'est Satanic. Ce dernier titre est dessiné par le talentueux Magnus, auteur en 1986 d'un album culte aux Editions Albin-Michel/L'Echo des Savanes : Les 110 Pilules. Les Editions de l'Echo des Savanes, à partir des années 1980, lançèrent leur propre collection dans laquelle on notera la jolie Sally Forth de l'américain Wallace Wood.
Après cette véritable émulsion de la bande dessinée érotique qui voyait le nombre de ses héroïnes augmenter d'année en année prit sa véritable ampleur avec les années 80. C'est ce que nous verrons la semaine prochaine avec le dernier volet de cette série consacrée aux débuts de la bande dessinée érotique.
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