Accueil > Actualités > Liste des actualités > Les fumettis - Les débuts de la bande dessinée érotique
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| Le lundi 13 Juillet 2009 à 10:00
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Dans la filiation historique des filles de rêve de magazines pour adultes, soeurs cadettes des sages pins-up de papier des années 70 dessinées par Fred Varga ou Aslan, les jolies filles des fumettis, bien plus coquines et perverses que leurs aînées, firent leur première apparition en public paradoxalement dans les années 60.
Les fumettis signifient "petites fumées" en italien. C'est le nom donné aux bandes dessinées érotiques italiennes au format poche. Pour situer leur impact érotique, il faut les recadrer dans leur époque, c'est-à-dire juste avant 1968. Le marché de la presse érotique, appartenait alors à un monopole de deux magazines pour adultes : Playboy, magazine américain édité par Hugh Hefner et Lui, magazine français édité par Daniel Fillipacchi. Ces deux parutions pour adultes, l'une et l'autre, ne montrent pas le sexe féminin. L'habile cadrage des photographes éludent avec art, la toison pubienne féminine. A cette époque, elle est interdite par la censure, sauf dans la version originale américaine de Play-Boy qui était censurée en France.
Ce fut en ce temps-là, qu'une poignée d'hommes décida de se battre contre la censure et de révolutionner l'image érotique de la femme, de manière à l'inscrire d'une façon plus moderne dans le XXème siècle. Ils anticipent alors la libération sexuelle de 1968 par les aventures de simples filles de papier. La personne qui allait lancer le pavé dans la mare avait pour nom : Eric Losfeld. En 1962, il édita le premier album de Barbarella dessiné par Jean-Claude Forest. Les Editions du Terrain Vague appartenant à Eric Losfeld, ouvraient soudain une brèche dans le monde de l'édition, mais aussi dans l'érotisme et dans l'histoire sociologique de la condition féminine.
Editeur de génie et de talent, Eric Losfeld publia dans la foulée trois autres ouvrages considérés comme majeurs. Outre le personnage de Barbarella (dont le modèle initial, fut Brigitte Bardot, avant Jane Fonda au cinéma), la petite boutique des Editions du Terrain Vague édita deux autres albums : Jodelle dessiné par Guy Pellaert sur un texte de Pierre Bartier dont l'héroïne empruntait les traits de Sylvie Vartan et Scarlett Dream dessiné par Gigi sur un texte de H.Moliterni, dont les traits, bien avant "Le cinquième Elément", annonçaient la Lilou d'Eric Besson.
Les puristes et les exégètes ajouteront à cette liste exhaustive, deux autres ouvrages moins connus mais entrant aujourd'hui dans la légende : Pravda la Survireuse, ressemblant très fortement à une autre icône des années pop : la chanteuse Françoise Hardy, du même G.Pellaert sur un texte de Pascal Thomas. Le tout premier album d'un certain P. Druillet intitulé Les Aventures de Lone Sloane allait bouleverser d'un coup toutes les normes classiques de la bande dessinée de Science-Fiction. Son graphisme talentueux s'appuie sur un découpage psychédélique et révolutionnaire dans les cadres.
Ces trois ouvrages furent publiés entre 1967 et 1968, c'est-à-dire quasi-simultanément pour le public des magazines érotiques avec la toute première apparition : d'Isabella en 1966. La petite héroïne délurée et perverse paraissait dans le format de poche des premières parutions des fumettis en France. Elle-même était déjà précédée du légendaire premier personnage Diabolik qui ouvrait la collection au début des années 60.
La forme discrète, amusante et très pratique de ces bandes dessinées érotiques de poche vendues à des prix dérisoires contenaient des dessins en noir et blanc imprimés sur du papier bon marché. Le récit suggestif et très fripon se déroulait en deux vignettes par page très simples à lire. Cela fit le succès des Editions Elvipresse dont le seul lectorat fut, dans un premier temps, principalement les potaches, puis le public des romans de gare, avant de rentrer rapidement dans l'usage courant. Jusqu'à aujourd'hui où on peut les trouver encore à côté des mangas dans les kiosques à journaux. C'est ici sans doute qu'il faut faire un flash-back pour mieux comprendre, à la fois le phénomène et la chronologie exacte qui y amena.
Comment historiquement les fumettis envahirent le marché, reste à première vue, un mystère si l'on ne tient pas compte de l'apport plus discret, de deux hommes de talent : Claude Moliterni et Henri Filippini. Ils étaient les rédacteurs de trois revues, devenues cultes dans le domaine de la bande dessinée. Leur contenu révélait au tout début des années 60, l'oeuvre de dessinateurs américains encore totalement inconnus en France, notamment dans la revue Pogo. Ainsi ils publièrent The Spirit de Will Eisner, B.C de Johnny Hart ou encore le célèbre Andy Capp rendu depuis célèbre par la chanson des Rita Mitsuko.
Trois autres revues dirigées par le même tandem voyaient ainsi le jour : Creepy, Eerie, et Vampirella. Elles furent éditées par les Editions Publicness, dont le fleuron reste la première édition aujourd'hui introuvable d'un certain Corto Maltese. Ces dessins en noir et blanc, dans un format à l'italienne sous une couverture couleur étaient l'oeuvre d'un dessinateur vénitien inconnu du grand public en France, signant du nom d'Hugo Pratt.
Ce fut à cette même période, parallèlement aux parutions des Editions Publicness, que commença à circuler la revue Charlie, magazine de bande dessinée tout public des Editions du Square. Il reprenait les aventures de Li'l Abner de l'américain Al Capp, Snoopy de Charles Schulz, mais aussi les aventures coquines de Roméo Brown, les enquêtes érotiques de Modesty Blaise illustrées par Jim Holdaway et les récits sulfureux de Guido Buzzelli.
On vit également apparaitre les premières planches d'un duo prolifique du nom de Lob et Pichard avec l'apport alternatif de Wolinski, dont l'oeuvre allait alimenter l'essentiel de la production des Editions du Square. C'est ainsi que parurent Blanche Epiphanie, Paulette, Submerman, Ténébrax, Caroline Choléra, et le fameux voyage (version très érotique) du légendaire Ulysse. Ce mouvement de libération de l'érotisme dans la bande dessinée trouva son apogée dans les fumettis.
C'est donc par Isabella, la première Eve dans le genre (selon Georges Sadoul) que commencerait l'histoire de la bande dessinée érotique. La semaine prochaine, nous nous attarderons sur cette héroïne ou comment à partir d'Isabella, le monde de l'édition s'enflamma pour la bande dessinée érotique.
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