Accueil > Actualités > Liste des actualités > Mai 68 - Une révolution sexuelle nécessaire
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| Le vendredi 02 Mai 2008 à 10:32
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Après des siècles d'inhibitions, de frustrations et de répressions, la sexualité et le plaisir féminin surgissent timidement de l'ombre à partir de la deuxième moitié du XXème siècle. Depuis toujours, la reproduction a dominé la sexualité des femmes ramenée uniquement à une fonction biologique. Jusque dans les années 1950, une double morale sexuelle gouvernait la société, d'une part, un droit pour les hommes qui bénéficiaient d'une plus grande tolérance sociale et d'autre part, un principe pour les femmes caractérisée par les notions de virginité, de fidélité et de l'amour unique.
De plus, la rigidité morale, les valeurs puritaines et familiales de l'époque se trouvaient renforcées par une obsession démographique suite aux terribles saignées de 1914-1918. Les lois de 1920 portant sur l'interdiction de la publicité et la vente des moyens de contraception, suivies de celle de 1923 sur la correctionnalisation de l'avortement témoignent de cet état d'esprit. Ces lois, d'une sévérité excessive, réduisent la sexualité à un acte justifié par la procréation, en la délimitant à une sexualité hétérosexuelle normative.
Cette sexualité fonctionnelle devait s'exercer avant tout dans le cadre de la conjugalité. Position défendue ardemment par l'Eglise catholique : la sexualité et le plaisir sont des aspects de l'amour conjugal qui ne peuvent s'exprimer que dans le cadre indissoluble du sacrement du mariage. La chasteté prévaut avant le mariage et la discrétion reste de mise après.
De la sexualité, on ne parlait pas. Un sujet tabou expliquant alors une éducation sexuelle quasi inexistante que ce soit dans le cadre familial ou dans le cadre scolaire. En effet, l'école est une institution traditionnellement administrée par la morale et la discipline où s'applique une longue tradition, commune à l'école chrétienne et à l'école laïque, d'exclusion voire de négation de la sexualité.L'éducation sexuelle n'a d'existence qu'à travers le cours de sciences naturelles, en secondaire, à travers un chapitre consacré à la reproduction des êtres vivants. Même l'anatomie du corps humain n'est que très superficiellement abordé à l'école.
Le cadre familial ne favorise pas plus le dialogue sur le thème de la sexualité. La plupart du temps, les parents reproduisaient les mêmes méthodes, le même schéma transmis par leurs propres parents, c'est-à-dire une éducation sexuelle quasi nulle.Débattre des questions personnelles et sexuelles avec ses enfants était considéré comme inopportun. Un sujet dont on ne doit ou dont on ne peut pas parler par crainte ou par pudeur. Des difficultés de langage pour trouver les bons mots, de la gêne persistaient chez les parents, alors incapables d'expliquer à leur progéniture le BABA de la sexualité.
Une des conséquences principales et dramatiques de cette absence d'éducation sexuelle est l'avortement. Le drame de la maternité involontaire : la jeune fille subissait toute seule la responsabilité et la faute d'un plaisir partagé à deux. Commencer sa vie sexuelle par un avortement constitue une expérience physique et psychique terrible. De plus, celui ci était sévèrement puni, alors pratiqué illégalement et dans les pires conditions. Ces avortements considérés comme "criminels" et pratiqués par les "faiseuses d'ange" pouvaient conduire à des décès (suite à des septicémies), des infirmités et des stérilités.
En 1956 l'association "Maternité Heureuse" (qui deviendra le Mouvement Français pour le Planning Familial en 1960) se crée afin de proposer la contraception en France et de faire modifier la loi de 1920 qui l'interdit. Des diaphragmes importés clandestinement de Suisse ou d'Angleterre sont fournis aux femmes. L'association souhaite que chaque femme puisse choisir d'avoir ou non un enfant tout en luttant contre l'avortement clandestin. Cette action connaît des réticences : Eglise catholique, communistes, ("Depuis quand les femmes travailleuses réclameraient-elles le droit d'accéder aux vices de la bourgeoisie ?" : Maurice Thorez), l'académie de médecine. Devant le poids de l'ignorance et du silence sur les comportements sexuels des hommes et des femmes, l'association développe également une éducation envers les femmes pour que celles-ci maîtrisent leur propre corps.
Un changement progressif des mentalités et des mœurs appuyé par des avancées scientifiques et par les revendications des femmes s'amorcera dès le milieu des années 60, date autour de laquelle tous les spécialistes et historiens s'accordent pour faire débuter la légendaire Révolution Sexuelle.
Cette libération irréversible des moeurs s'exprime avant tout chez les intellectuels, dans la littérature américaine par exemple, avec les écrits sulfureux d'Henry Miller et son "Tropique du Cancer", ainsi qu'Anais Nin dans "Journal". Dans la littérature française, le livre "le Deuxième Sexe" de Simone de Beauvoir provoque un véritable tollé dans la société bien-pensante de l'époque et déclenche des débats passionnés. Ce livre écrit par une femme et pour les femmes restera le livre fondateur et incontournable du féminisme moderne.
Le cinéma témoigne également de cette incontournable révolution des mœurs avec le film "Et Dieu créa la femme" de Roger Vadim avec Brigitte Bardot, jeune femme libérée et charnelle. L'actrice devient avec ce film le symbole de l'émancipation des femmes, l'illustration de la liberté sexuelle.
Les théoriciens de la liberté sexuelle diffusent également leurs pensées à travers leurs écrits : en 1967 "La fonction de l'orgasme" (démontrer entre autre l'importance thérapeutique de la satisfaction sexuelle et de l'orgasme) et "la Révolution sexuelle" de Wilhem Reich, psychanalyste, ainsi que les livres d'Herbert Marcuse tel que "Eros et Civilisation" deviennent de véritables manifestes. Sans oublier le fameux rapport Kinsley en 1948, un rapport historique sur les habitudes sexuelles des américains, véritable révolution dans lequel pour la première fois, le comportement sexuel fait l'objet d'une étude scientifique.
Parallèlement à cette liberté de ton et d'idées, de véritables découvertes scientifiques contribueront à l'avènement de mai 68 et de sa révolution sexuelle. La menace des maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis sera écartée avec le développement des antibiotiques dans les années 40 guérissant la plupart des maladies vénériennes.
Puis en 1967, l'Etat accepte de laisser les femmes libres de choisir ou non la maternité par la diffusion de la pilule contraceptive (mise sur le marché dès 1960 aux Etats-Unis). Cette loi du député gaulliste Lucien Neuwirth autorisant la contraception est considérée comme la première conquête de la liberté sexuelle. Une place est enfin faite au plaisir et à l'épanouissement personnel. La maîtrise tant attendue et désirée de la fécondité permet de vivre une sexualité épanouie. "Il y avait une liberté sexuelle, réelle, psychique, libidinale et conquise" témoigne Antoinette Fouque, militante féministe de l'époque.
Les mouvements féministes voient le jour et leur combat à "disposer de son propre corps" pour libérer la sexualité des femmes de sa fonction reproductrice et reconnaître le droit au plaisir. Cette révolution sexuelle marqué par l'émancipation sexuelle de la femme fait suite à leur émergence politique et économique, avec le droit de vote des femmes en 1944 ou encore, la loi du 13 juillet 1965 réformant les statuts matrimoniaux autorisant les épouses à gérer leurs biens propres et à exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.
La liberté sexuelle semble sans limites. Le plaisir sans risque. Le corps féminin se dévoile, avec l'apparition des mini-jupes dès 1965. Cette mini-jupe devient le véritable symbole de libération de la femme, l'un des porte-paroles de l'évolution des moeurs pour les jeunes femmes et fait alors scandale dans certains milieux conservateurs. La première génération du baby-boom va bientôt avoir 20 ans. En France, à l'image du mouvement hippie aux Etats-Unis, la jeunesse décide alors de se révolter contre les carcans puritains entravant la sexualité depuis des décennies.
Les premières revendications sexuelles apparaissent avec la question de la libre circulation dans les résidences étudiantes. En effet, le premier incident remonte à mars 1967 et fut l'occupation du bâtiment des filles de l'Université de Nanterre par un groupe de garçons pour protester contre l'interdiction qui leur était faite de s'y rendre.
En janvier 1968, lors de l'inauguration de la piscine du complexe universitaire de Nanterre, Daniel Cohn-Bendit, étudiant, interpelle le Ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe, "J'ai lu votre livre blanc de 400 pages sur la jeunesse, on n'y parle pas de sexualité". Le ministre lui répondit "si vous avez des problèmes de ce genre, vous n'avez qu'à plonger dans la piscine pour vous défouler". La réponse du ministre fut considérée comme une provocation.
Durant un an, la diffusion des idées sur la liberté sexuelle ne s'interrompt pas et en mai 68 c'est l'explosion, la révolution est en marche, illustrée entre autre par les inoubliables slogans tels que "Faites l'amour, pas la guerre" ou "Jouissez sans entrave". Pour la jeunesse soixante-huitarde, le "droit au désir" et "du plaisir pour tous" deviennent des mots d'ordre. L'idéal rassemblant le mariage, l'amour et la sexualité devient obsolète, le plaisir arrive désormais au premier plan.
A travers les mouvements de protestations de mai 68, les femmes françaises en profitent pour se mobiliser pour la défense de leurs droits, se révoltent contre les traditions établissant des inégalités fondées sur le sexe. Elles appellent au brûlage de soutien-gorge, réclament des droits égaux à ceux des hommes et revendiquent la propriété de leur corps.
La révolution sexuelle amorcée dans les années 60 explose au cœur des mouvements sociaux de mai 68 et se poursuivra tout au long des décennies suivantes.
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